Les voyages maritimes

Comment arriver à bon port ?

De l’équipement à la protection du navire

Les ancres

Bien que les superstructures soient le plus souvent détruites, on retrouve souvent sur les épaves des pièces de gréement et d’équipement qui se sont répandues sur le site après le naufrage.

Parmi ces objets, les plus remarquables mais aussi les plus rares appartiennent aux éléments de la décoration du navire : ornements de proue ou de poupe, pièces votives destinées à protéger le bateau. Les pièces de gréement, plus fréquentes montrent le degré d’élaboration des agrès antiques : poulies, anneaux de cargues ou organeaux (anneaux de fer où l’on attache un câble ou une ancre), taquets etc. Parfaitement adaptées dès l’Antiquité aux besoins essentiels des manoeuvres, ces pièces n’évoluent plus beaucoup et on les retrouve dans la marine traditionnelle en bois et à voile.

De toutes les pièces d’équipement, les plus fréquentes sont les ancres souvent perdues en mer en raison de mouillage difficile ou retrouvées à poste à la suite d’un naufrage brutal. Les premières ancres utilisées dans l’Antiquité étaient en pierre. Les plus anciennes datent au moins du IIIème millénaire av. J.-C. De formes très diverses, allant de la pierre arrondie à la pierre taillée en tronc de pyramide, les exemplaires les plus élaborés sont percés de plusieurs trous destinés l’un pour l’attache et les autres pour recevoir des pièces de bois effilées afin d’améliorer l’ancrage. On retrouve certaines d’entre elles dans les sanctuaires antiques où elles ont été offertes en ex-voto.

Vers le VIIème siècle av. J.-C., ces ancres sont remplacées par des ancres en bois à jas de pierre puis au V-IVème siècle par des ancres à jas de plomb. Le jas est la pièce transversale qui se situe au sommet de l’ancre. Ce système connaît une large diffusion dans tout le monde antique. C’est l’ancre antique par excellence qui restera d’un usage courant jusqu’au IIème siècle ap. J.-C., bien après l’introduction de l’ancre en fer. Les plus grands exemplaires connus de jas en plomb atteignent une taille respectable : 2,68m de longueur et 1300kg pour un jas trouvé près de Saint-Tropez. Ils portent parfois des inscriptions au nom d’une divinité protectrice, ou des signes de protection : astragale, tête de méduse, dauphin etc.

L’usage de l’ancre de fer ne se développe vraiment que sous l’Empire romain, même si des modèles sont attestés dès le IVème siècle av. J.-C. L’ancre de bois à jas de plomb ne disparaît qu’au Bas-Empire (IVème siècle ap. J.-C.). Il est donc fréquent de retrouver des épaves des IIème siècle av. J.-C. ou même Ier siècle ap. J.-C. où ancre de fer et ancre de plomb se côtoient. L’image de l’ancre dépasse le cadre du monde maritime : on la retrouve représentée sur un tapis de mosaïque à l’entrée d’une maison de Pompéi (Regio VI) où elle est le symbole de la tranquillité et de la sécurité que la demeure offrait à ses habitants.

Les phares

Depuis la plus haute antiquité, le feu est employé comme signal et les naufrageurs n’ont jamais manqué de l’utiliser par mauvais temps pour attirer les navires en perdition. On a eu très tôt l’idée de s’en servir pour guider, de nuit surtout, les navigateurs vers l’entrée des ports en entretenant un foyer placé sur une tour afin qu’il soit visible de loin.

À l’époque romaine, les ports qui connaissent un trafic important sont équipés de phares. Beaucoup ne nous sont connus que par des textes, des représentations monétaires ou des hypothèses archéologiques comme ceux de Fréjus et d’Olbia dans la région ou, plus éloignés, de Capri, Pouzzoles ou Ravenne. On trouve aussi certaines représentations supposées de phares sous la forme des graffitis tracés à la hâte sur des panses d’amphores, comme sur l’un des fragments d’amphore qui fait partie du chargement de l’épave A de Monaco.

Seuls certains phares antiques sont encore visibles en partie : c’est le cas de la base du phare de Leptis Magna en Lybie qui marque toujours l’entrée de la rade.

 

Paradoxe de l’Histoire, ce sont 2 phares entièrement détruits qui sont en fait les mieux connus. Celui d’Ostie construit au Ier siècle ap. J.-C. et dont l’image est véhiculée sur les mosaïques, les bas-reliefs et les terres cuites. Celui d’Alexandrie construit au début du IIIème siècle av J.C. sur des plans sans doute établis par l’architecte Sostratos de Cnide et qui est connu grâce au texte de Strabon (XVII, 1, 6) et aux représentations sur des mosaïques ou des verres.