Les potiers

Lors de fouilles, il est fréquent de retrouver des formes entières ou des tessons (fragments) de vaisselle en céramique : plats, assiettes, coupes, bols, jattes, marmites, cruches, gobelets etc. À tel point que la poterie représente numériquement près de 90% des vestiges archéologiques découverts. Pourtant, les métiers de l’argile ne produisaient pas que de la vaisselle de table ou des récipients destinés au stockage ou au transport des denrées et des liquides. Les potiers façonnaient aussi des lampes à huile pour l’éclairage, des pots horticoles (olleae perforatae) pour les jardins d’agrément, des fusaïoles et des poids pour l’artisanat textile, des terres cuites utilisées dans les constructions, ou encore des statuettes d’animaux et de divinités.

Ce corps d’artisans nous est perceptible par leurs estampilles : des centaines voire des milliers de noms imprimés sur le fond des vases, des empreintes digitales ou des traces des doigts laissées sur la céramique et les pièces de calage. Leur discrétion sur le plan social tranche avec l’universalité de leur production : sur les quelques 500 stèles funéraires « de métiers » répertoriées en Gaule romaine, une seule représente de façon certaine un potier fictiliarius1. En revanche, quelques marchands nous sont connus par l’épigraphie. Tout se passe donc comme si cet artisanat de toute première nécessité ne procurait ni richesse éclatante ni notoriété à ceux qui le pratiquaient. À leur côté, travaillent de nombreux esclaves chargés de l’extraction de l’argile et de la préparation du bois pour la chauffe du four.

1 Corpus Inscriptions latines, XIII 590.

Céramique d’impasto

Cette céramique étrusque a livré de nombreux vases utilitaires. Connue sous le nom «d’amphore à spirales», elle est largement diffusée dans le Latium, mais aussi sur le territoire du peuple falisque (région de l’Italie antique) autour de Cività Castellana, l’antique Faléries (province de Viterbe), ainsi qu’en Étrurie méridionale. C’est probablement dans cette dernière région que notre amphore exposée a été fabriquée au début de la période orientalisante, vers 700 à 680 av. J.-C.

Elle a été façonnée au tour, dans une argile de couleur brune peu épurée, appelée impasto. La panse globulaire est ornée de motifs géométriques et figurés, incisés dans l’argile. Sur chaque face est représentée une double spirale, surmontée d’un oiseau. Des lignes obliques sont gravées sur les côtés, sous les anses et dessinent un «W».

La céramique étrusque s’inspire très souvent des savoir-faire des artisans helléniques, de la forme ou des thèmes décoratifs de la vaisselle grecque qui occupe une place prépondérante dans les échanges commerciaux entre l’Étrurie et la Grèce. Mais l’influence des pièces étrusques sur la céramique grecque est également attestée par plusieurs créations originales telles que les amphores «nicosthéniennes». Cette appellation vient du nom de Nicosthénès, un potier athénien qui reprend à son compte la forme des amphores étrusques. La production de son atelier est particulièrement florissante à partir du milieu du VIème siècle av. J.-C. Créée entre 560 et 530 av. notre ère, ce type d’amphore témoigne des influences exercées sur les artisans attiques par les créations des ateliers locaux et par les préférences des habitants de cités étrusques comme Cerveteri (près de Rome) : la plupart des amphores de Nicosthénès retrouvées en Étrurie proviennent en effet des nécropoles de cette cité.